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Qu’arrive-t-il à la DPJ ? Février 3rd, 2011
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Presque tous les jours, comme organisme, nous entendons les doléances des victimes d’abus de la part de la DPJ. Nous entendons des mères nous dirent en pleurant qu’elles doivent laisser leurs enfants chez des pères abuseurs : Ordre de la DPJ. Des parents qui entendent leurs enfants leur raconter les mauvais traitements qu’ils subissent sans qu’ils puissent y faire quoi que ce soit. Personne ne les croit. La télévision, la radio, le net nous racontent des histoires d’horreur commises par des parents qui avaient pourtant été signalés à la DPJ.
Mais nous entendons aussi d’autres histoires tout aussi aberrantes d’enfants qu’on enlève de leurs familles pour des raisons qui ne nécessiteraient qu’un peu d’aide et de compassion de la part de professionnels de la santé, de la part de leur communauté proche, du centre locaux des services communautaires , de bénévoles ou même de vrais travailleurs sociaux. Des personnes capables d’élever un, deux ou même trois enfants mais qui ne peuvent pas d’après la DPJ en élever un autre. Comme si on pouvait être une bonne mère pour deux enfants, mais pas pour trois. Des personnes à qui on retire les enfants sans raisons suffisantes, des familles à qui on refuse aux grands-parents, oncles, tantes, sœurs ou frères de prendre le relais pour des enfants qui passent des moments difficiles, des familles brisées par manque de compétence, par des enquêtes bâclées, vite faites ou carrément inexistantes. De beaux enfants qu’on enlève de familles qu’on dit incapables et qu’on leur remet souvent à quatorze, seize ou dix-huit ans drogués, malades, psychologiquement instables, prostitués, etc. , etc., en tous les cas, bien pires qu’ils ne l’auraient été avec leurs parents si ces derniers avaient reçu ne serait-ce qu’un peu d’aide.
Qu’arrive-t-il à la DPJ, où le dérapage est rendu non plus l’exception mais la manière de faire. On n’écoute plus les parents et encore moins les enfants (sauf si on y trouve matière à accuser les parents), la famille élargie et les témoins non plus d’ailleurs. On arrive dans des familles éprouvées physiquement ou psychologiquement, des familles qui demandent de l’aide, de l’aide, de l’aide ! Pas de la destruction, pas de la séparation, pas de la domination. On enlève les enfants qui pourraient bien rester dans ces familles et on laisse d’autres enfants être les proies de familles agressives, consommatrices ou carrément malades. Pourquoi? N’est-on plus capables de discernement?
Nous avons eu les autochtones et les pensionnats où les gouvernements se sont vus obligés de reconnaître les torts qui ont été fait à ce peuple. La même chose pour les orphelins de Duplessis. Deux dossiers qui sont loin d’être finis, car nous ne pourrons jamais réparer le mal commis dans ces générations, ce mal qui continue insidieusement à ravager les générations qui suivent. Nous nous dirigeons inexorablement vers un autre de ces dossiers, «les enfants de la DPJ». Même façon de faire, même histoires d’horreur, même discours, même injustice, même souffrance, même silence des victimes et des médias. N’apprendrons-nous jamais de nos erreurs ?
Nous avons tous laissé tomber nos enfants comme société. L’aide qui jadis existait entre les familles, entre les femmes plus vieilles et les plus jeunes, entre les voisins, les habitants d’une même rue , d’un même quartier ou d’une même région, ou d’un groupe quelconque a disparu, ce qui fait que plusieurs personnes , pour avoir de l’aide, se tournent vers une DPJ débordée, incapable de répondre adéquatement aux besoins, par manque de personnel compétent , par contrainte monétaire ( il faut nourrir cette machine) , par excès de pouvoir, difficile à porter sûrement. Jacques Benoît dans son livre intitulé « Je n’avais que 11 ans » dit : Je crois qu’une petite dose d’humanité de la part des intervenants de la DPJ pourrait aider ces parents à se reprendre en main. Cela ne devrait pas se transformer en une guerre de pouvoir. Hélas! Ces mots sont plus actuels que jamais.
La DPJ est un organisme qui a été créé pour sauver les enfants vivants de l’abus, de la violence ou de sévères négligences. Un organisme pouvant les prendre en main et les placer dans des familles où ils pourraient retrouver la paix, l’estime de soi et la sécurité. Au début, l’enfant était au centre de leur préoccupation et la DPJ existait pour l’enfant. Aujourd’hui, cette machine est devenue si grosse que la viabilité de la machine elle-même est au centre de leur préoccupation, les enfants en sont réduits à servir la machine.
Quand une famille a un problème, la solution facile : on enlève l’enfant de la famille, on le place ailleurs et le tour est joué. Et la DPJ inscrit dans ses rapports : Un autre enfant sauvé de plus, un autre bon point pour nous.
La DPJ est comme ces femmes qui portent fièrement un collier de perles naturelles et le montrent à tout le monde. Mais savent-elles ces femmes ,que les perles ne sont pas faites de grains de sable qui seraient entré dans la coquille d’une huître , mais d’une larve de moucheron , sorte de microbe qui est en fait une maladie et que l’huître recouvre de plusieurs fines couches de nacre pour ne pas mourir. Les perles sont belles de l’extérieur mais dans chaque perle il y a un cadavre de larve.
Pourquoi la DPJ est-elle depuis si longtemps dépassée et incapable de discernement, incapable de remplir la mission qui lui a été confiée. Comme elle en est incapable, elle fait amendements sur amendements pour reformer la loi à ses façons de faire à elle.
La DPJ a sa grande part de responsabilité dans son échec, mais nos élus aussi qui savent ces choses et préfèrent fermer les yeux et leur laisser le contrôle, parce que c’est plus facile et cela n’oblige personne à se tenir debout. Nous aussi, petite communauté qui préférons notre bien-être et refusons d’agir. Nos médias qui « n’ont pas peur de parler des vrais affaires», qui « ne tolèrent pas l’injustice» etc. etc. Ces médias montrent souvent la beauté du collier de perles mais refuse carrément de parler de la corruption et de la problématique de l’intérieur. Ces victimes et les groupes qui les représentent sont bâillonnés par les médias, mis de côté et comptés pour nuls. Les médias, se posent souvent en justicier mais sans jamais faire un vrai pas vers l’injustice. Avons-nous vraiment la liberté de parole au Québec? Je me dois de répondre ; mon sentiment est que non nous n’avons pas cette liberté entière, cela dépend de quoi on veut parler.
La DPJ et la loi de la DPJ sont une chose non seulement nécessaire, mais importante dans la vie de nos enfants maltraités ou abusés ou sévèrement négligés par leurs parents, mais un piège, une destruction pour ceux qui vivent des difficultés temporaires ou des cas réglables par d’autres départements ou par le communautaire.
La DPJ doit avoir des comptes à rendre, car nous serons tous honteux le moment venu de lui avoir confiance les yeux fermés. Elle doit s’occuper des cas graves ou des enfants en danger , elle pourrait peut-être bien s’en occuper si elle n’était pas obligé de porter tous les problèmes de l’enfance parce qu’elle a demandé à en avoir le contrôle et que tout le monde jette les petits problèmes dans sa cour.
Si seulement, dans chaque région, chaque ville ou village, il y avait des gens qui se levaient et décidaient de faire un pont entre la DPJ et ces familles. Qui se mettaient à regarder ce qui se passe près d’eux et à offrir l’aide dont ces familles ont besoin pour ne pas tomber dans les pièges de la DPJ, un répit, une aide pour la nourriture ou le logement, des soins pour une mère malade, de l’enseignement pour leur manque de capacité parentale, une épaule pour une personne qui vit des moments difficiles, un échange entre parents fatigués, la possibilité pour les grands-parents ou la famille élargie de prendre sa place dans une famille dépassée parce qu’ils ont un enfant difficile ou handicapé, une main qui se tend pour secourir et empêcher que les choses se gâtent trop .C’est surtout vrai dans les régions où les services sont beaucoup moins nombreux que dans les grandes villes Certaines communautés autochtones en sont rendus à faire de ces groupes et les résultats semblent bien encourageant. Il faut arrêter de compter sur ce que nous offre l’état et se prendre en main nous-même comme peuple.
Ceux qui ont vécu l’abus de la part de la DPJ savent ce qu’ils auraient eu besoin pour pouvoir s’en sortir et sont à même de comprendre ce que les familles en danger ont besoin. Cela peut sembler utopique ou irréalisable, mais il suffit que quelque uns se lèvent et commencent pour provoquer un exemple, un modèle que tous voudrons suivre avec le temps. Oui, bien sûr, il faut continuer à témoigner de l’injustice subit mais nous en sommes rendus à devoir aussi agir pour qu’au moins les prochaines générations n’aient pas à subir la même chose que nous et nos enfants.
Claudette DeBlois
Coordonnatrice Société d’Aide et d’Information aux Victimes de la DPJ (SAIVDPJ)
Texte par Claudette De-Blois.
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