Cas Vécu
Attention!
CLSC, DPJ, POLICIER,
PSYCHIATRIE, un mélange
dangereux
Par Ghislain Goulet
Marie (Marie est un nom fictif) est mère de trois enfants, monoparentale et dans le début de la vingtaine. Elle est sans emploi et a un chum. Son chum est un violent et l’empêche de communiquer avec sa famille. Elle est isolée et a très peu de contact avec l’extérieur.
Depuis quelques semaines, elle se sent fatiguée et la charge des enfants lui pèse de plus en plus lourd.
Elle décide de demander de l’aide et contacte le CLSC. Quelques instants plus tard, un responsable de la DPJ se rend chez elle, se présente et demande des informations sur les enfants de même que les certificats de naissance des enfants. Craignant qu’on ne lui enlève ses enfants et qu’on les place dans un foyer quelconque, Marie prend panique et court chez un voisin pour appeler la police.
Marie retourne chez elle et attend que la police arrive. Une fois arrivée, la police constate la présence d’un représentant de la DPJ. Bien sûr, la police ne demande pas la DPJ de quitter le domicile de Marie. Maintenant Marie a la DPJ et la police contre elle. Suite à de nombreuses tractations et à l’implication de sa famille, les enfants sont placés chez le frère de Marie.
Durant la soirée, une ambulance vient chercher Marie et la transporte à l’hôpital psychiatrique. Elle ne sait pas qui a demandé l’ambulance. Elle se retrouve à l’hôpital contre son gré. Un premier psychiatre la rencontre, pose un diagnostic de dangerosité et lui prescrit des médicaments. Le lendemain, un autre psychiatre la rencontre, avec comme seule connaissance le diagnostic posé par le premier médecin et confirme celui-ci. Marie est mise sous garde en établissement.
Marie n’est pas d’accord avec son hospitalisation en psychiatrie, elle n’est pas d’accord avec le diagnostic du médecin et encore moins avec la médication. Elle refuse de prendre ses médicaments et tente, sans succès, de sortir de l’hôpital. Elle est mise en contention et on lui donne de force ses médicaments. Bien sûr la colère et le refus de Marie de reconnaître sa maladie et de subir son traitement sont inscrits à son dossier. On y lit qu’elle est agressive et même qu’elle peut être dangereuse pour elle-même.
On refuse de lui dire le nom des médicaments qu’elle prend ainsi que leurs effets secondaires. Elle enlève et garde précieusement l’étiquette apparaissant sur son gobelet de médicament afin de savoir ce qu’on lui donne. De plus, Marie ne sait pas ce dont elle souffre.
Au fil des jours et conséquemment à l’effet des médicaments, Marie s’assagit et accepte maintenant de prendre ses médicaments. Elle reçoit l’aide de sa sœur. Bien qu’elle ait le droit d’être présente et représentée devant le juge pour contester sa mise sous garde en établissement, l’hôpital l’avise qu’elle n’a pas besoin de se présenter, que cela ne donnera rien. Elle contacte alors Action Autonomie pour connaître ses droits. En catastrophe, on lui trouve un avocat et Marie décide de se présenter à l’audition. L’avocat a accès au dossier la veille de l’audition et se prépare comme il peut. Bien sûr, l’avocat n’a pas le temps de rencontrer Marie.
L’avocat rencontrera Marie quelques minutes avant l’audition qui se tient vendredi le 5 janvier. Il pourra la reconnaître car elle sera accompagnée d’un agent de sécurité et d’un préposé de l’hôpital. Quelques minutes pour préparer l’audition. C’est pas évident car Marie est sous l’effet des médicaments. Bonne nouvelle, sa sœur est prête à l’héberger et comme nous l’avons dit, ses enfants sont hébergés par son frère. Il ne devrait pas y avoir de problème, Marie devrait pouvoir sortir de l’hôpital aujourd’hui. D’autant plus qu’il semble évident à tous qu’elle n’a rien à faire en psychiatrie, elle a surtout besoin d’un répit et ressourcement.
L’audition débute. D’entrée de jeu, le juge demande à l’avocat de Marie s’il a une contre-expertise d’un psychiatre. L’avocat répond que non, il n’a pas eu le temps. Le juge refuse donc de procéder à l’audition et reporte la cause à la semaine prochaine. Le juge souligne qu’entre temps, Marie devra demeurer à l’hôpital. L’avocat de Marie refuse et après avoir exposé les faits qui ont amené Marie à l’hôpital, le juge accepte d’entendre la cause.
Un psychiatre de l’hôpital est le premier témoin. Le psy fait une énumération assez impressionnante des maladies mentales de Marie. L’avocat essaie alors de vérifier la dangerosité de Marie. Le psy se fait très vague à ce sujet. Il précise même qu’il n’en sait rien car, comme Marie n’a aucun passé psychiatrique, il n’a pu poser un diagnostic précis dans son cas. Le psy confirme qu’il ne connaît pas l’histoire de Marie et qu’il ne sait pas comment Marie a abouti à l’hôpital. De plus, le psy précise que l’état actuel de Marie n’a rien à voir avec le moment où la demande d’ordonnance a eu lieu, i.e. fin décembre. Le psy précise que la situation de sa malade s’est grandement améliorée depuis.
Enfin, lorsque l’avocat lui annonce que la sœur de Marie pourrait l’héberger et en prendre soin, le psy semble surpris. Lorsque l’avocat demande au psy s’il serait dangereux de confier Marie à sa sœur, le psy cafouille de plus en plus. Comme le diagnostic sur Marie n’est pas précis, le psy précise qu’il y aurait des dangers de l’envoyer chez sa sœur. Lorsque l’avocat demande au psy quel danger, le psy répond qu’il n’en sait rien car le diagnostic n’est pas précis.
Finalement, le psy dit au juge qu’il préférerait que Marie se fasse soigner (lire prenne ses médicaments) à l’hôpital.
Après, Marie est appelée à témoigner. Elle relate les faits qui ont précédé son hospitalisation. Cependant, lorsqu’on lui demande si à sa sortie de l’hôpital elle va continuer à prendre ses médicaments, Marie, par malheur, répond en toute franchise que non. Alors, le juge arrête l’audience et refuse d’entendre la sœur de Marie qui aurait pu venir témoigner et donner des précisions sur Marie.
Le juge émet alors une ordonnance de garde en établissement d’une semaine pour Marie. Le juge, moralisateur, souligne à Marie que c’est une grosse affaire quand la DPJ s’en mêle, qu’effectivement ça ne doit pas être facile (pour une jeune femme frêle) d’élever trois enfants toute seule. Le juge, paternaliste, souligne qu’elle doit profiter de cette semaine de garde pour aller chercher de l’aide.
Quelques jours plus tard, Marie et sa sœur rencontrent le psy. Celui-ci lève la garde et autorise Marie à sortir.
Nous avons des droits !
Pouvez-vous identifier les endroits où les droits de Marie n’ont pas été
respectés ?
Faites-nous connaître vos réponses.
Les principes en matière de garde en établissement
À moins que vous ne donniez un consentement libre et éclairé ou que la loi ou le tribunal ne l’autorise, il est interdit de vous garder en établissement en vue de vous soumettre à une évaluation psychiatrique ou à la suite d’une évaluation psychiatrique.
La seule condition justifiant votre garde en établissement est celle de la dangerosité. Elle ne peut être ordonnée que si votre état mental présente :
• un danger pour vous ou pour autrui ;
• un danger grave et immédiat pour vous ou pour autrui.
Donc, la garde en établissement a pour effet de priver la personne de sa liberté.
Ainsi, lorsque mise en garde en établissement, la personne conserve tous ses autres droits. Par exemple, la personne n’est pas obligée de prendre ses médicaments ou subir quelque traitement que ce soit, ce sont les règles du consentement libre et éclairé qui s’appliquent.
Le Penseur, Le Citoyen et Un Cas Vécu !
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